Luc Tangorre

Publié le 17 Mars 2012

L TangorreLe violeur des quartiers sud de Marseille

 

 

En avril 1981, Sylviane, une femme de 31 ans, rentre chez elle à 2 h du matin dans le 8e arrondissement de Marseille. Au moment d'ouvrir la porte de son appartement, elle aperçoit un homme étrange s'approcher d'elle qui la menace d'une arme et l'oblige à aller jusqu'à sa voiture. Sous la menace de l'arme, Sylviane prend le volant et se dirige dans les rues de Marseille avec son ravisseur puis s'arrête dans un chemin à la demande de ce dernier. Là, le ravisseur la viole puis au bout de plusieurs minutes, tous deux repartent et Sylviane rentre chez elle.


Le lendemain, Sylviane dépose plainte à la gendarmerie de Marseille pour viol et dresse un portrait robot de son violeur (20-25 ans, portant des tennis blanches et un blouson de couleur sombre) et apprend dans le même temps qu'elle n'est pas la seule à avoir déposé plainte : en effet, entre fin 1979 et avril 1981, 9 autres jeunes femmes sont venues porter plainte pour agressions sexuelles ou pour viols (ces agressions étant commises dans les 8e et 9e arrondissements de Marseille).


Le soir même, une autre agression a lieu à Marseille. Idem une semaine plus tard. Les policiers décident d’enquêter plus profondément dans les 8e et 9e arrondissements. Le 12 avril 1981, ils repèrent un homme au comportement suspect correspondant au portrait robot de Sylviane. Ils décident de l'interpeller pour un simple contrôle d'identité : l'individu s'appelle Luc Tangorre, a 22 ans, est étudiant en sport, possède une 2CV et déclare attendre un ami. Les policiers le fouillent et trouvent sur lui un couteau de cuisine. Il est conduit au commissariat où il est interrogé. Luc Tangorre passe la nuit au commissariat et le lendemain matin, Sylviane est convoquée pour une identification. Derrière une glace sans tain, parmi les principales personnes qu'on lui présente, Sylviane reconnait Luc Tangorre comme la personne qui l'a violée : elle en est certaine. Les autres femmes agressées viennent aussi au commissariat et toutes reconnaissent formellement Luc Tangorre comme étant leur agresseur mais celui-ci nie tout en bloc. D'ailleurs, il déclare que parmi la liste de suspects, il était le seul à être âgé entre 20 et 25 ans, qu'il était le seul à porter des tennis blanches et le seul à mesurer plus de 1,70 m. Selon lui, on a fabriqué un coupable.


La police découvre chez Luc Tangorre une arme factice recouverte de terre séchée ainsi que le blouson sombre couleur kaki portant de mystérieuses tâches. Elle se rend également sur les lieux de l'agression de Sylviane pour prélever des morceaux de terre afin de les comparer à celle retrouvée sur l'arme de Tangorre.


Quelques semaines plus tard, les experts confirment que la terre sur l'arme de Luc Tangorre est la même que celle retrouvée sur les lieux de l'agression de Sylviane (cette terre est recouverte de barium) ; par ailleurs, les tâches sur le blouson de Tangorre s'avèrent être de la vaseline et l'une des victimes déclare que le violeur en avait utilisée pour la violer.


Suite aux identifications des femmes agressées et aux preuves découvertes chez Luc Tangorre, celui-ci est déféré devant un juge d'instruction puis écroué. Quand les amis et la famille de Luc Tangorre apprennent ce qu’il se passe, personne n'y croit : tout le monde le décrit comme quelqu'un de simple, gentil et attentionné. Il ne peut pas être un violeur. Rapidement, suite à l'incarcération de Luc Tangorre, un comité de soutien se met en place pour aider à sa libération et crier à l'erreur judiciaire. L'affaire devient si médiatisée que même des intellectuels se mettent à défendre Luc Tangorre, dont l'historien Pierre Vidal-Naquet. Malgré l'important comité de soutien à Luc Tangorre, ce dernier commence une grève de la faim en mai 1983.


A l’ouverture de son procès devant la cour d'assises d'Aix en Provence en 1983, Luc Tangorre, ainsi que ses amis et sa famille, croient dur comme fer à l'acquittement. En outre, Tangorre impressionne le juge, les jurés et même l'avocat de la partie civile par sa crédibilité et sa profonde conviction. Certains doutent même de sa culpabilité malgré les preuves accumulées (les traces de vaseline et l'arme factice recouverte de terre).


Puis Sylviane ainsi que les autres jeunes femmes agressées viennent témoigner de leur calvaire et réaffirment que c'est Luc Tangorre qui les a violées. Le témoignage pèse lourd mais Luc Tangorre se défend en déclarant notamment que le soir de l'agression de Sylviane, il était hospitalisé. Le personnel hospitalier dit se souvenir de lui et selon le registre de l'hôpital, il ne serait pas sorti de la soirée. De même Luc Tangorre affirme qu'il était chez des amis le soir de plusieurs autres agressions mais les policiers n'ont pas pris la peine d'aller vérifier ces alibis. Le verdict du procès tombe quelques jours plus tard : Luc Tangorre est condamné à 15 ans de réclusion criminelle. Tout le monde crie au scandale et à l'erreur judiciaire.


Entre 1983 et 1987, Luc Tangorre est incarcéré à la prison des Baumettes de Marseille où il multiplie les tentatives, avec l'aide de ses parents, d’une révision de son procès. C'est dans cet intervalle que le frère de Luc Tangorre raconte aux policiers et au juge que la vaseline sur le blouson de Luc provient de lui car il est cuisinier et qu'il nettoie le four avec de la vaseline. Il a dû s’essuyer les mains sur le blouson kaki de Luc. Par ailleurs, la famille de Luc Tangorre a payé 2 experts pour faire une contre-expertise et pour analyser les traces de terre retrouvées sur l'arme factice de Luc Tangorre. Ces derniers affirment que la terre sur l'arme n'est pas identique à celle retrouvée sur les lieux de l'agression de Sylviane. En juillet 1987 (après le rejet en cassation), Luc Tangorre et sa famille demandent la grâce présidentielle à François Mitterrand. Ce dernier finalement accordera cette grâce, probablement ému par son histoire et par la profonde crédibilité de Luc Tangorre.


Le 15 février 1988, Luc Tangorre est libéré après avoir passé 5 ans en détention. Il accorde une interview aux journalistes et ces derniers déclarent n'avoir posé aucune question, Luc Tangorre faisant tout le travail.


A sa sortie de prison, Tangorre déménage à Lyon et ouvre un bar-tabac. Mais son passé le rattrape. En octobre 1988 (8 mois après sa libération), les policiers de Lyon l'arrêtent pour viol : 2 étudiantes américaines accusent Luc Tangorre de les avoir violées en mai 1988, 5 mois auparavant. Etudiantes à Paris, elles descendent à Nîmes assister à la feria. Au retour, elles font de l'auto-stop à Marseille. L'individu qui les prend, selon leur dires, était très gentil mais les jeunes filles se sont aperçues que leur chauffeur prenait la direction de Nîmes au lieu d'Avignon. Elles commencèrent à avoir peur et l'individu s'est arrêté dans une ancienne pommeraie à 3 kilomètres de Nîmes. Là, il les aurait violées et les aurait laissées sur l'autoroute d’où elles ont appelé la police.


Au cours de l’interrogatoire, la police de Nîmes se rend compte que les 2 étudiantes ont une excellente mémoire : elles décrivent avec précision la 4L verte dans laquelle elles ont été violées, le physique de l'individu (la trentaine, un polo jaune Lacoste, un jean blanc et des baskets blanches). De plus, elles racontent qu'il y avait une pile de livres dans le coffre de la 4L et se souviennent du mot "coupabilité" ou "culpabilité" inscrit sur les couvertures ainsi que du visage d'un homme moustachu. Lorsque l'agresseur a vu que les filles regardaient les livres, il s'est empressé de recouvrir la pile de cellophane. Enfin, les 2 filles racontent avoir été violées vers 21 h 20.


Elles dressent un portrait robot de l'individu et se rendent à l'hôpital pour subir des tests gynécologiques. Les médecins confirment les viols, prélèvent du sperme et découvrent que l'agresseur a enduit le vagin de l'une des filles d'huile de moteur. De leur côté, les policiers jouent aux rats de bibliothèque pour retrouver un livre dont le titre contient le mot "culpabilité". Ils recensent également tous les propriétaires de 4L verte. En août 1988, un libraire de Marseille leur annonce qu'il a trouvé un livre pouvant correspondre à celui qu'ils recherchent : ce livre s'intitule "Affaire Luc Tangorre : coupable à tout prix". Le visage d'un homme moustachu se trouve en bas de la page de couverture.


Les policiers décident de s'intéresser à Luc Tangorre d’un peu plus près et font appel à leurs collègues de Lyon pour les aider dans cette enquête. Ils découvrent que Tangorre possède une 4L verte et l'interpellent en octobre 1988. Il est emmené au commissariat de Lyon où il crie son innocence lorsque la police lui raconte qu'il est accusé de viols. Il raconte que le jour des viols était le lundi de Pentecôte et qu'il était chez ses parents pour un dîner de famille. Il s'en souvient très bien car c'était la première fête de famille depuis sa libération. Il dit ensuite qu'il a dormi chez ses parents et qu'il a noté sur son carnet ce qu'il a fait cette journée-là. Les policiers décident de faire le trajet Marseille-Nîmes pour savoir si Luc Tangorre a pu avoir le temps nécessaire de violer les 2 étudiantes (sachant que ces dernières ont déclaré que les viols se sont produits vers 21 h 20). En prenant le trajet le plus court, ils en concluent que oui. Par contre, le sperme prélevé sur les 2 victimes est inexploitable.


Luc Tangorre est déféré devant le juge d'instruction et les 2 Américaines font le voyage des Etats-Unis pour identifier leur agresseur. Une fois sur place, Tangorre les insulte mais elle l’identifient formellement. Tangorre argumente et affirme que les sièges arrière de sa 4L sur lesquels les filles disent avoir été violées sont inutilisables et par conséquent, il nie les accusations. Il est malgré tout incarcéré et écroué à la prison de Nîmes et lorsque les partisans de Luc Tangorre (qui l'avaient clairement supporté lors de la première affaire à Marseille) apprennent son éventuelle implication dans les viols de Nîmes, ils se demandent s'il n'a pas pu aussi violer les 9 jeunes femmes à Marseille. En outre, Pierre Vidal-Naquet, qui avait cru en l'innocence de Tangorre, déclare que s'il s'avère qu’il est coupable des viols de Nîmes, il présentera ses excuses.


Le deuxième procès de Luc Tangorre s'ouvre en février 1992 et comme au premier procès d'Aix en Provence, il crie au scandale et est sûr d'être acquitté. Mais hormis ses parents, plus personne ne croit en son innocence. A l'instar de son premier procès, Luc Tangorre se défend corps et âme mais le témoignage des 2 Américaines pèse lourd dans la balance quand elles affirment et confirment que c'est Luc Tangorre qui les a violées. Ce dernier rappelle qu'il n'a pas pu violer les 2 étudiantes. Les experts psychiatres déclarent que Tangorre pourrait être atteint d'un dédoublement de la personnalité et que le Luc Tangorre "normal" ne peut pas admettre qu’il ait pu violer.


Luc Tangorre est condamné à 18 ans de réclusion criminelle.


Pierre Vidal-Naquet présente ses excuses et reconnaît que sans l'intervention du comité de soutien, Tangorre serait toujours en prison et que les viols des 2 Américaines n'auraient jamais eu lieu.

Luc Tangorre est libéré et placé en conditionnelle en 2000 et mène désormais une nouvelle vie.

  

Rédigé par Valérie

Publié dans #Criminels et faits divers

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Diego 01/05/2013

Vous ne présentez pas l'affaire Tangorre Telle qu'elle se présente en réalité mais plutôt telle que certains médias l'ont caricaturée pour avoir été eux-même roulé dans la farine : l'institution judiciaire, en effet, a délibérément choisi d'en répercuter ce qui lui convenait afin de se dédouaner de ses propres impérities. Cet article est truffé d'inexactitudes, d'extrapolations et autres comentaires culpabilistes plus injuste et partisans les uns que les autres. C'est bien dommage... J'invite donc ceux qui désirent se forger une opinion plus nuancée à venir s'informer plus raisonnablement sur le furum "Justiceaffairescriminelles".